[ Chapitre 15 : Give Peace A Chance ]

[ Chapitre 15 : Give Peace A Chance ]
Les corps blessés. Arrachés. Déchiquetés. Tout le monde pleure sur ce champ de bataille inerte. Ce no man's land infini pullule de toutes les espèces de cette putain d'humanité, des noirs, des blancs, des rouges, des jaunes, même. Je crois qu'ils sont perdus. Leurs corps épanchés de victoire ne se satisfont plus désormais que de la lame en acier dur et froid plantée dans leur ventricule gauche ou dans leur viscères, qui pendent, s'endorment, sur leurs ventres ronds de soldats déjà morts. Je reste là, en retrait, assis sur ma monture superbe, à regarder cette horreur de Terre se déchaîner, se détester a mourir, devoir se tuer pour exister, avoir soif de gloire et de reconnaissance. Cette bataille ne finira jamais. Les lames s'entrechoquent encore, les hurlements de douleur déchirent le ciel, il fait presque nuit, et seule la lune reste là, s'endormant paisiblement sur ce spectacle poignant de vie et de mort, de frustration terrible, de douleur certaine, d'aveuglement extrême. Je ne me suis jamais considéré comme un pacifiste, entendons nous, sinon je ne serai jamais devenu général, mais j'aurais voulu que ces guerres n'existent pas. Seulement pour que ma douce Rose soit tranquille quand elle me voit partir plusieurs mois, que je n'entende plus ses sanglots étouffés dans mon dos quand elle s'endort avant que je ne quitte le château. Rose ne savait rien de ce qui se passait là-bas, elle pensait que je me battais fièrement aux côtés de mes troupes, elle croyait que j'étais quelqu'un de bien, un homme respectable et respecté. Mais une fois de plus, elle ne savait pas, je n'étais qu'un lâche parmi tant d'autres, un penseur, fin stratège, pour ceux qui voulaient être poli, les hommes ayant un tant sois peu de matière grise ne devaient pas se battre, ils étaient trop pour ça. Je fermai les yeux quelques instants. La mort autour de moi hurlait.
# Posté le vendredi 25 juillet 2008 17:13
Modifié le jeudi 31 juillet 2008 21:54

[ Chapitre 14 : Mon Hirondelle. ]

 [ Chapitre 14 :  Mon Hirondelle. ]
Aujourd'hui, on qualifie courrament les belles filles de tueuses. Hirondelle, toi, tu avais tué pour de vrai. Je te revois, debout, droite, le revolver pointé sur ton ministre de père vautré dans sa baignoire, opposant tes sobres mots de tueuse à son verbiage de mauvaise foi, ton profil pur et sévère, ton indignation superbe, tes coups de feu transformant ce bain-mousse en bain de sang, et puis j'entre, tu me vois, tu comprends que tu vas mourir, avec le courage de la curiosité tu plantes tes yeux dans les miens. Voici le moment que je fige : je n'ai jamais rien vu d'aussi beau que tes yeux de défi, tu vas me tuer, je n'ai pas peur, je te regarde, je suis le lieu où tout se passe, je suis l'action qu'y s'y déroule. Mais là, couché sur mon lit, raide de désir et d'amour, je change le cours du destin. Je dépose les armes à tes pieds, je te prends dans mes bras, je soulève du sol ton corps menu, Hirondelle, tu es le lieu où tout se passe, tu es l'action qui s 'y déroule, je vais faire de toi le centre du monde.




A. Nothomb
# Posté le dimanche 20 juillet 2008 15:50
Modifié le dimanche 20 juillet 2008 17:53

[ Chapitre 13 : And What A Nice Day For A Murder. ]

[ Chapitre 13 : And What A Nice Day For A Murder. ]



Dans le sensible enfer de leur chambre à coucher, s'établissait autour d'eux la plus belle des magies qui existait. Rose était assise devant sa coiffeuse, elle souriait humblement, en pardonnant à Victor de lui faire aussi mal. Ses mains de pianiste nouaient le corsage de sa douce, les rubans s'entremêlaient dans ses mains d'une manière experte et magnifique, le ballet de leurs deux corps avait quelque chose de doucement merveilleux. Rose retenait sa respiration, et ils riaient tous deux devant ce comique honorable, devant l'image floue de Victor en nourrice, et devant Rose, qui acceptait avec joie de faire la princesse, pour une fois. Elle n'y était pas habituée, devoir se faire belle, devenir quelqu'un, aux yeux des autres, pourtant chacun d'entre nous savait qu'elle n'avais pas besoin de toilette pour être la plus belle femme du pays. Son corps élancé, ses yeux gris comme la pierre, son visage adorable ravissait les yeux de tous les hommes qui croisaient son chemin. C'est tout d'abord pour cela que Victor était tombé éperdument amoureux d'elle. Au fil des années, leurs esprits avaient fait corps, leurs vies s'étaient entremêlées, et ils vivaient ainsi, l'un à côté de l'autre, sans jamais ne plus s'aimer si fort, toujours et pour l'éternité. C'est ce qu'ils croyaient.


# Posté le samedi 12 juillet 2008 16:44
Modifié le jeudi 17 juillet 2008 22:29

[ Chapitre 12 : Je sens des boom et des bangs agiter mon coeur blessé.]

[ Chapitre 12 : Je sens des boom et des bangs agiter mon coeur blessé.]
Fumer à demie nue à la fenêtre, et penser à nous, l'imperceptible nous, mon doux Victor. Je ne sais même pas écrire sur autre chose que sur ce que nous formions, autrefois. Notre fictive romance. Je te regarde partir et ne revenir qu'occasionnellement, sans aucune explication, juste parce que tu sais que je serai toujours là. Et tu as bien raison de croire en ça. Te souviens-tu de notre première rencontre, Victor ?

Tu es arrivé, t'es assis à cette terrasse quasiment vide, dans Montmartre, Tu étais très grand, maigre et musclé, tes cheveux noirs te tombaient dans les yeux, noirs, profonds, dont j'avais remarqué l'imperceptible lueur qui brillaient tout au fond d'eux. Tu étais vêtu d'une chemise grise anthracite, d'un gilet d'homme, d'un jean trop serré et d'un borsalino noir posé négligemment sur le côté de ton crâne. Victor, laisse moi te dire une fois de plus que tu étais superbe. Tu as sorti de ta poche un carnet en cuir noir, à la reliure dorée, et tu as commencé à observer le monde qui s'établissait autour de toi, et ton stylo bougeait frénétiquement au rythme des passants qui marchaient à vive allure. Je me suis assise près de toi, ait commandé un décaféiné et t'aies regardé écrire pendant de longues minutes. Tu n'as pas bougé. Quand tu as eu enfin fini de noter toutes les habitudes des gens du quartier que tu voyais chaque jour, et les inconnus, qui passaient par mégarde par ici, tu as posé ton stylo m'a regardé pendant quelques secondes, et à murmuré, de ta voix grave et chaude « Je t'attendais ... »

# Posté le mercredi 25 juin 2008 14:56
Modifié le jeudi 17 juillet 2008 22:12

Ma chérie,
J'ai cherché ton corps sous les draps souillés, ce matin, j'ai tout tenté, toutes les pièces de la maison, la cuisine, le salon, notre salle de bain, mais aucune pièce ne témoignait de ta présence. Tu avais repris toutes tes affaires, avait cassé tous les cadres qui encerclaient notre amour, brûlé toutes les lettres que je t'avais écrites. J'aurais voulu faire de toi une femme heureuse, mais je ne sais rien faire d'autre que détruire les autres, je ne suis doué que pour ça. J'aurais aimé savoir t'aimer, savoir faire de toi la plus heureuse des femmes. Mais tu me connais très bien, Rose, la seule personne que j'aime en ce triste monde c'est bien moi. Je suis bien conscient de ce que je t'ai fait, j'aimais te voir espérer, ma belle, et je me marrais tout seul dans mon coin, quand j'imaginais ce jour ou je te verrai tomber, tomber du haut de ton nuage, tomber du haut de tout ce que je t'avais fait croire, j'attendais ce jour depuis des mois, je voulais te voir te casser la gueule et avoir mal, aussi mal que tu n'avais jamais eu. Mais, traître pute, tu es partie en pleine nuit, comme une ombre, comme si cela pouvait te ramener un peu de toute la dignité que tu avais perdu en tombant amoureuse de moi. Ca ne change absolument rien, dans le fond, tu es toujours aussi conne, toujours aussi conne d'avoir cru qu'un type comme moi pouvait tomber amoureux de toi, de ta petite vie de bourgeoise branchée, qui se défonce à la coke, qui lit du Shakespeare pour faire comme les grands, qui n'a peur de rien, du haut de ses talons Prada. Mais tu n'es rien, ma jolie, j'espère que tu t'en rends bien compte, que tu n'es rien, absolument rien, et que je t'ai détruite simplement en te faisant croire au personnage que j'avais créé pour te voir mourir ...

Survis bien, ma petite Rose.

Ton Victor.
# Posté le dimanche 22 juin 2008 17:25
Modifié le jeudi 17 juillet 2008 22:44